Les journalistes d'investigations sont menacés par les procédures-bâillons.

Menacés par les procédures-bâillons, les journalistes de France s’inquiètent : « Le but, c’est que les journalistes s’autocensurent ! »

Dans cette 19e édition des Assises du journalisme à Tours, les journalistes d’investigations se sont exprimés. Le jeudi 9 avril 2026, une conférence portait sur les procédures-bâillons.

En 2024, la France était le troisième pays de l’Union Européenne qui comptabilise le plus de procédures-bâillons. Il s’agit d’une intimidation judiciaire lancée par un groupe ou un individu à l’encontre d’une rédaction ou d’un journaliste dénonciateur. 

« Le but, ce n’est pas de gagner ! »

Jeudi 9 avril 2026, une conférence sur ces procédures-bâillons a eu lieu, lors de cette 19e édition des Assises du journalisme à Tours. Laure Chauvel, responsable du desk à Reporter Sans Frontières, explique : « C’est très efficace contre un média. Ce sont des puissants qui attaquent des petits et ça coûte cher ! » 

Ces “puissants” se mobilisent lorsqu’une enquête journalistique les remet en question. « Par exemple, Jean-Michel Aulas, candidat aux élections municipales 2026 à Lyon, est un habitué des procédures-bâillons. Il a attaqué Rue89 car les journalistes avaient fait une enquête sur l’une des holdings qu’il possède aux Etats-Unis », se rappelle Lucile Berland, coprésidente de l’Observatoire français des atteintes à la Liberté de la Presse

Dans la plupart des cas, les plaignants retirent leur plainte au dernier moment légal afin d’inquiéter la rédaction jusqu’au bout. « Le but, ce n’est pas de gagner devant la Justice mais c’est de remettre en question le média. À la fin, on se demande si c’est encore possible d’enquêter sur ces gens-là, c’est de l’autocensure ! », déplore la coprésidente.

Quelques initiatives pour lutter

Les journalistes sont donc inquiétés par ces “puissants”. Chloé Richard, journaliste dans le média d’investigation de Bretagne Splann, indique : « On fait des enquêtes sur les groupes agro-industriels de la Région. Il y a un élu du Finistère qui nous a dans le viseur. Il nous invite plus même lors d’invitation du Département. On est blacklistés contrairement à Ouest-France ou au Télégramme. »

Des initiatives existent pour aider les journalistes et les médias visés par ces procédures-bâillons. « Il y a un “fond riposte”, créé au Royaume-Uni, pour financer la défense judiciaire des médias. En plus, RSF propose des bourses individuelles pour aider un média ou un journaliste attaqué », lance Laure Chauvel. À l’échelle européenne, l’UE tente de lutter contre l’influence des grands sur les journalistes d’investigation. « Il y a une directive de Bruxelles pour lutter contre les “Slapps” – les procédures-bâillons en anglais. La France devrait l’adapter à son échelle au mois de mai prochain », relate Alexandre Buisine, représentant du Syndicat national des Journalistes. Cependant, la France est en retard pour la gestion de ces procédures. En août dernier, Paris n’a pas adopté le Media Freedom Act contrairement aux directives européennes. Sans travaux politiques pour réduire ces procédures-bâillons, le pays reste l’un des pires d’Europe pour la presse d’investigation selon RSF.

Lilian Ballu

Le Fil Info

Autres articles