Les premiers brins de muguet apparaissent à deux semaines du premier mai, fête du travail.

Muguet nantais : “ 60 millions de brins récoltés ” 

Symbole du 1er mai, le muguet nantais reste une tradition bien ancrée en France. Mais derrière ses petites clochettes blanches, la filière doit aujourd’hui faire face à plusieurs défis : climat, inflation et nouvelles habitudes de consommation.

« Le muguet a pris de l’avance d’un coup avec le week-end de Pâques qui a été particulièrement chaud, on a dû s’adapter très vite », raconte Thomas Loirat, conseiller technique de la Fédération des maraîchers nantais.

Pour ralentir la floraison, les plants ont été gardés plus longtemps dans le noir. « On joue avec la lumière et la température pour tenir les temps », précise-t-il. Sous les bâches, chaque détail compte.

« On profite des vents d’Est ou des journées un peu plus fraîches pour essayer de refroidir le sol. On enlève le plastique quand il fait trop chaud, on referme dès que ça refroidit. C’est vraiment du cas par cas », détaille le maraîcher.

Malgré ces conditions, la production reste stable, autour de 60 millions de brins récoltés chaque année. Thomas Loirat reste quand même prudent : « Pour l’instant, on tient. Mais dans 10 ou 15 ans, on ne sait pas comment ça va évoluer si les sols se réchauffent. » Il insiste sur la capacité d’adaptation des dizaines producteurs.

« Pour certains c’est devenu un petit luxe, les gens préfèrent profiter du week-end prolongé, ils ne passent plus forcément ici. Entre acheter un bouquet ou une baguette de pain, le choix est vite fait. »

Sylvie Orsonneau, fleuriste

Un « petit luxe » pour les clients

La situation est plus compliquée pour les fleuristes. Les ventes baissent depuis plusieurs années. « Avant, je vendais environ 3 000 brins. Aujourd’hui, j’en suis à moins de 1 000 », soupire Sylvie Orsonneau, fleuriste.

Une baisse qui s’explique par la concurrence des vendeurs à la sauvette, le budget des clients ou encore les week-ends prolongés où les gens désertent les boutiques.

« Pour certains c’est devenu un petit luxe, les gens préfèrent profiter du week-end prolongé, ils ne passent plus forcément ici. Entre acheter un bouquet ou une baguette de pain, le choix est vite fait. Beaucoup de gens prennent aussi du muguet dans leur jardin ou chez des proches, donc ils achètent moins » déplore t-elle.

Même ressenti chez les consommateurs Nicolas, employé à la SNCF, confirme : « J’aimerais offrir des fleurs plus souvent, mais c’est un budget. Ce n’est pas essentiel, donc on fait attention. » Cette année, il faut compter en moyenne, 2,50 € et 3 € pour un brin de muguet chez le fleuriste, et environ 5 € pour un petit bouquet.

En raison des températures élevées de ces derniers jours, la récolte du muguet débute dès cette semaine en Loire Atlantique /LOU-ANN LE ROLLAND

Un savoir-faire fragile

Au total, 150 hectares de terres sont dédiés à la culture du muguet en Loire Atlantique, qui devient alors le plus grand bassin de France. La production de muguet repose sur un savoir-faire unique, transmis de génération en génération.

« Il n’y a pas d’école du muguet, on apprend sur le terrain », insiste Thomas Loirat. Selon lui, si les conditions météorologiques deviennent trop compliquées dans la région, ces techniques pourraient disparaître : « Ce n’est pas une culture qu’on déplace facilement, ça demande de l’expérience et du temps. »

Une tradition qui résiste

Face à ces difficultés, la filière tente de réagir. Elle mise notamment sur la communication pour relancer l’intérêt autour du muguet, notamment sur les réseaux sociaux. « On essaie de rappeler que c’est une tradition importante, ancrée dans la culture française », explique Thomas Loirat.

Les producteurs veulent aussi toucher un public plus jeune : « Si on ne transmet pas cette habitude, elle peut se perdre. »
Malgré tout, le muguet reste fortement associé au 1er mai. « Ça reste un symbole, les gens y tiennent encore », souligne le maraîcher.

Le ministère de l’Agriculture a même dédié une page au muguet, preuve que cette tradition reste un élément important du patrimoine français.

Le Rolland Lou-Ann

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