Zara sourit facilement. Même au milieu des slogans, des pancartes et du bruit de la manifestation pour l’Iran, elle dégage quelque chose de calme et d’accueillant. Elle est là avec son mari et sa fille, la main de l’enfant solidement accrochée à la sienne. « Je suis en France depuis vingt-cinq ans », raconte-t-elle. Elle est venue par amour, en se mariant. Mais son cœur, lui, n’a jamais vraiment quitté l’Iran.
Elle participe à toutes les manifestations pour son pays et explique : « Nous sommes là pour représenter la voix de l’Iran », comme pour donner un écho à ceux qui en sont privés là-bas.
“On veut juste vivre notre vie”
Toute sa famille vit encore là-bas. À Shiraz, notamment, où habite sa sœur. Zara y retourne souvent, dès qu’elle le peut. Les nouvelles passent, mais toujours avec prudence. « On s’appelle, mais on fait attention. On demande juste si tout va bien. Et parfois, on supprime les messages par précaution. » Dans sa voix se mêlent l’inquiétude, une colère contenue et beaucoup de tristesse. « On ne demande rien d’extraordinaire, on veut juste vivre notre vie », glisse-t-elle. Des mots simples, mais lourds.
Sa sœur est sage-femme. Elle a choisi de travailler volontairement dans les régions les plus pauvres du pays, pour aider les femmes qui n’ont rien. « Elle est payée tous les trois mois », précise Zara, comme si cette injustice faisait partie du quotidien.
“ Ça m’a brisé le cœur ”
Elle raconte une scène qu’elle a vécu avec sa soeur, et qui ne l’a jamais quittée :
Un jour, en voiture, elles croisent un enfant de trois ans, seul sur le bord de la route, en train de mendier. « On s’est arrêtées », dit-elle simplement. Sa voix tremble. « Ça m’a brisé le cœur. » Elle marque une pause, cherche ses mots. Ce qui l’a bouleversée, ce n’est pas seulement l’image de cet enfant, mais ce qu’elle représentait : une enfance livrée à elle-même, sans protection. Une scène qui s’est imprimée en elle, et qui ne la quitte plus.
À cet instant, Zara baisse les yeux vers sa fille, toujours collée contre elle. Elle lui sourit, passe une main dans ses cheveux. « Elle a beaucoup de chance, et elle ne s’en rend pas encore compte », nous confie t-elle. Pour Zara, ce souvenir ne raconte pas seulement la pauvreté ou l’injustice. Il rappelle surtout la fragilité des destins qui sépare parfois deux enfances…

Les deux femmes sur Omens of Hafez représentent des réfugiées iraniennes qui cherchent à s’instruire, défiant les contraintes imposées aux femmes dans leur pays. Leurs gestes de lecture symbolisent la résistance et la liberté intérieure, un acte discret mais puissant face à l’oppression.
Myriam Filali