L'intelligence artificielle menace de nombreuses professions, dont celle de journaliste. ©Léo Cognée

Le journalisme face à l’IA, s’adapter ou périr

Depuis quelques années, l’intelligence artificielle s’implante au cœur des rédactions. Idées de sujets, corrections, ou même génération complète d’articles, la profession doit s’adapter à ce nouvel outil, au risque de disparaitre. 

« Je suis étonné par la précision croissante des intelligences artificielles, c’est assez exceptionnel », observe Jehan-Hubert Lavie, rédacteur en chef du magazine Ferrovissime, dédié à l’histoire des chemins de fer. « Il y a quelques mois, une IA était incapable de générer un article très précis sur les trains. Aujourd’hui, c’est devenu possible », ajoute-t-il.

Depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle s’implante progressivement au cœur des rédactions. Environ 75% des journalistes utiliseraient l’IA dans leur métier, selon un sondage de la CFDT Journalistes de mars 2025.

Un outil au service des journalistes

Même s’il en saisit les risques, Jehan-Hubert Lavie a recours aux IA au quotidien. « Je ne les utilise pas pour la rédaction d’articles, ce n’est pas le sens de mon métier. En revanche, elles sont très utiles pour les corrections et reformulations. C’est bluffant », complète-t-il.

Si les IA sont encore nouvelles dans la presse magazine, certains groupes de presse quotidienne ou hebdomadaire les emploient déjà depuis plusieurs années. C’est le cas du Groupe actu. « Notre rédaction du Journal du Pays Yonnais a fait office de cobaye pendant deux ans pour un programme d’IA, « Antidote ». C’était une sorte de ChatGPT interne, qui nous servait essentiellement à retravailler les communiqués de presse », révèle Lucile Akrich, journaliste pour cet hebdomadaire vendéen. 

Jehan-Hubert Lavie, rédacteur en chef du magazine Ferrovissime, utilise quotidiennement l’IA pour les corrections de textes. ©Léo Cognée

Un gain important de productivité

Depuis, cet outil a été remplacé et intégré directement au logiciel de mise en page Melody, utilisé par les rédacteurs du groupe.« Il y a trois niveaux pour cette IA, qui va de la simple correction orthographique à la réécriture complète », poursuit-elle.

Pour les journalistes, elle représente un gain de temps colossal. « Nous gagnons en temps, notamment pour les articles des correspondants, qui sont parfois mal écrits », reconnait Lucile Akrich. « Nous devons produire minimum trois articles par jour, c’est évidemment une aide importante pour faire face à ce rythme intensif », complète-t-elle. Même constat pour Jehan-Hubert Lavie, pour qui elle est utile afin de réduire les textes souvent trop longs de ses auteurs. 

Le risque d’un profond bouleversement économique

Cependant, l’intelligence artificielle n’est pas sans risques pour le métier. « La hausse de la productivité, qui provoquerait une réduction des effectifs, n’est pas le principal danger », rassure Catherine Wilmart, éditrice de six hebdomadaires pour le Groupe actu en Loire-Atlantique et en Vendée. « Aller sur le terrain, recueillir des informations, la machine ne peut pas le faire, surtout à l’échelle locale. Ce qui est inquiétant, en revanche, c’est qu’elle peut bouleverser totalement notre économie, qui fonctionne grâce au clic sur les moteurs de recherche », s’inquiète-t-elle.

À l’heure où la presse papier est en chute libre, la fréquentation des sites sur internet est le meilleur moyen de générer des bénéfices pour les groupes, grâce à la publicité. « Les gens font de plus en plus leurs recherches directement sur des IA, plutôt que sur Google. Ils fréquentent par conséquent moins notre site, ce qui induit moins de ressources. C’est une attaque directe au modèle économique de la presse », s’alarme Catherine Wilmart.

Des emplois directement menacés

Le métier de journaliste, déjà très tendu, fait donc face à une nouvelle menace. « Les pigistes, déjà très précaires, sont les premiers impactés. Ils ont moins de commandes car les IA sont parfois plus économiques pour les rédactions » complète l’éditrice. Lucile Akrich s’inquiète aussi pour d’autres métiers. « Les secrétaires de rédaction sont directement menacés, leur profession pourrait tout simplement disparaitre », souligne-t-elle.

Mais chacun se veut malgré tout rassurant. « Évidemment, le robot permettrait de nous développer sans courir après de nouvelles signatures, mais ça appauvrirait énormément le contenu, et ce n’est pas ce que nous voulons », explique Jehan-Hubert Lavie. « Finalement, le journalisme prend tout son sens face à cette menace. Il permet de crédibiliser les contenus en recoupant les sources, avec déontologie », conclut Lucile Akrich.

Léo Cognée

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