La Coupe du Monde 2026 se déroulera aux États-Unis, au Mexique et au Canada. L’organisation de cet événement est marquée par la relation étroite entre Donald Trump, le président des États-Unis, et Gianni Infantino, le président de la Fifa. Trump profite de l’événement pour renforcer son influence et imposer sa vision politique. A l’occasion du Festival du Journalisme Sportif à Laval, Jean-Philippe Leclaire, l’ancien rédacteur en chef de L’Équipe, nous a accordé une interview à ce sujet.
5 décembre 2025 : Gianni Infantino remet à Donald Trump le Prix de la paix. Officiellement, le président de la Fifa salue dans ce geste l’action de Trump à l’international. Jean-Philippe Leclaire voit l’évènement d’une autre manière : « C’est une escroquerie complète. Il n’y a eu aucune consultation d’instance ». Jean-Philippe Leclaire, ancien rédacteur en chef de L’Equipe, souligne surtout la contradiction avec un principe fondateur : « La Fifa a toujours proclamé et défendu la neutralité politique ». Et ce n’est pas la première fois. « Infantino a toujours été très proche des autorités du pays qui organisent la Coupe du Monde car il semble fasciné par les hommes de pouvoir. »
Le sport, élément de soft power
Trump profite-t-il de cette situation ? La démarche semble évidente : le président de la première puissance mondiale veut se servir de la Coupe du Monde comme un levier politique à l’approche des élections de mi-mandat, au détriment du football. Selon Leclaire, le 47e président des États-Unis a parfaitement compris la puissance du foot. « Le sport est un élément de soft power et une façon d’afficher sa puissance ». Il se sert de cette Coupe du Monde pour imposer ses restrictions de visas contre de nombreuses nations. « Les États-Unis avaient promis que les supporters pourraient assister à la Coupe du Monde. C’est une parole qui a été trahie à la fois par Trump et par la Fifa. »
"For the fans, there's only one piece of advice: stay away from the USA!” I think Mark Pieth is right to question this World Cup. #MarkPieth #GianniInfantino #DonaldTrump #FIFAWorldCup2026 #USA
— Joseph S Blatter (@SeppBlatter) January 26, 2026
Cette situation soulève la question d’un éventuel boycott, comme l’évoque Sepp Blatter, l’ancien président de la Fifa, sur X. Mais Jean-Philippe Leclaire reste prudent : « Le seul cas où il pourrait y avoir un boycott, c’est si les États-Unis envahissent le Groenland et que le Danemark était qualifié. L’arme du boycott est à manier avec beaucoup de précautions et ce sont aux sportifs de décider [et] c’est l’événement de leur vie.»
Les supporters étrangers délaissent le Mondial
Face à cette Coupe du Monde influencée par Trump, les supporters prennent conscience de ses actions visant à renforcer la suprématie de son pays et à éliminer ses concurrents directs. L’ex-directeur de L’Équipe observe une inquiétude réelle : « Il y a une trouille des supporters étrangers d’aller aux États-Unis ». De plus, la compétition est très onéreuse pour les supporters. « Il y a un effarement par rapport au prix des billets, des transports, du logement ».
La Coupe du Monde est censée être un moment de partage et un rassemblement de toutes les nations dans un climat de paix. Mais cette nouvelle édition inquiète « les stades pourraient être majoritairement remplis par des diasporas déjà installées aux États-Unis plutôt que par des supporters venus de l’étranger ». Alors que le Mondial est censé adopter « une physionomie populaire ».
La géopolitique : éternelle invitée du football
Cette Coupe du Monde 2026 n’est pas la première où la géopolitique se mêle fortement à la compétition. Le journaliste se remémore un cas emblématique, celui de la Coupe du Monde en Argentine en 1978. « Elle a été une vitrine pour le régime militaire. Le gouvernement s’en est énormément servi ». Mais il nuance ces propos et affirme que tous les pays organisateurs profitent de cet événement. « Il n’y a pas que les dictateurs qui se servent des grands événements sportifs. En 1998, Chirac et Jospin se sont aussi servis de la victoire pour remonter dans les sondages ».
Antoine Patin