Les trois premiers mois de 2026 résultent d'une réduction de 30% des vols de nuit par rapport à 2025. @claradelanchy

Couvre feu à l’Aéroport de Nantes : entre progrès et infractions 

Quatre ans après sa mise en place, le couvre-feu de l’aéroport de Nantes Atlantique montre des résultats encourageants selon la préfecture. Mais sur le terrain, associations et acteurs politiques dénoncent encore des manquements et poursuivent leur mobilisation.

Une nette amélioration du respect du couvre-feu de l’aéroport de Nantes, instauré en avril 2022, est mise en avant dans le communiqué publié le 9 avril par la préfecture de Loire-Atlantique. « Ce dispositif aurait permis de réduire de 90% les vols de nuit par rapport à 2019 », d’après la préfecture. 

Pour rappel, ce couvre-feu vise à interdire les décollages et atterrissages entre minuit et six heures du matin. Les chiffres récents confirment cette dynamique, avec une baisse du nombre de vols ainsi que des procès-verbaux en diminution. Pourtant, depuis 2022, 375 vols ont été concernés par des infractions avec des sanctions pouvant atteindre la somme de 40 000 euros. Soit un montant total de 8,5 millions d’euros d’amendes, toutes compagnies confondues.

Ces sanctions sont données par l’Autorité de contrôle des nuisances aéroportuaires (ACNUSA). Selon l’État, le dialogue engagé avec les compagnies et la mise en place d’un comité de suivi contribuent à une amélioration progressive. 

Mais derrière ce bilan, les critiques persistent. Paolo Ferrera, président de l’association Coceta, un collectif de citoyens exposés au trafic aérien, relativise les avancées. « On continue à avoir des couvre-feux qui ne sont pas respectés », affirme-t-il. D’après lui, la concentration du trafic en soirée et au petit matin favorise mécaniquement les débordements horaires.

Il décrit des créneaux saturés où « entre 22 heures et minuit, ça devient une autoroute d’avions », rendant les dépassements presque inévitables.

Une réalité vécue par les habitants

Au-delà des statistiques, c’est l’impact concret sur les habitants qui alimente la mobilisation. Installé lui-même sous un couloir aérien, Paolo Ferrera évoque un quotidien marqué par les nuisances. Habitant de trentemoult,« les avions passent au bout de mon jardin », témoigne-t-il. L’association qu’il préside travaille main dans la main avec les riverains dans le même cas.

L’association du Coceta inscrit son projet dans une dimension d’intérêt général, en s’ouvrant à tous les publics, sur la base d’un fonctionnement démocratique et transparent. @claradelanchy

Ensemble, ils militent depuis plusieurs années pour une meilleure prise en compte de la santé des habitants, en s’appuyant notamment sur les recommandations de l’Organisation Mondiale de la Santé. Le collectif plaide ainsi pour un élargissement du couvre-feu, estimant que la plage horaire ne suffit pas à garantir un repos suffisant. « On demande juste un peu de répit pour essayer de s’endormir sans bruit d’avion », insiste-t-il. 

Derrière cette revendication, c’est aussi une critique plus large de l’aéroport qui émerge, jugé inadapté à une zone péri-urbaine. 

Un combat relayé sur le terrain politique 

Ces contestations aux nuisances sonores trouvent un écho au niveau institutionnel. Romain Gascher, collaborateur parlementaire de la députée Julie Laernos, travaille sur ces enjeux en lien avec les riverains et les associations. 

Il souligne que les plaintes des habitants sont nombreuses et régulières, notamment en raison des décollages matinaux. « À six heures du matin, il y a un enchaînement de décollages qui oblige beaucoup de gens à se réveiller », explique-t-il. Des propos qui appuient donc ceux de Paolo Ferrera.  

Face à cette situation, des propositions naissent pour étendre le couvre-feu de 23 heures à 7 heures du matin. Une évolution qui s’appuie sur des arguments sanitaires mais se heurte à des contraintes juridiques et politiques. Malgré ces obstacles, la mobilisation se poursuit.  « Il faut continuer de coaliser des alliés politiques autour de cette question », insiste Romain Gascher. 

Entre amélioration progressive et insatisfaction persistante, le couvre-feu de l’aéroport Nantes-Atlantique reste ainsi au coeur d’un débat où se confrontent impératifs économiques et qualité de vie. 

Clara DELANCHY

Le Fil Info

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