Lors de la conférence du journalisme sportif, j’ai pu rencontrer Emilie Ros consultante pour l’Équipe TV. Dans cette interview elle explorera des thèmes sur sa légitimité, le sexisme mais aussi les conseils qu’elle donne aux jeunes femmes qui veulent se lancer dans le journalisme. Aujourd’hui seulement 15% des femmes sont des journalistes sportives féminines.
A vos début dans le sport, avez-vous eu le sentiment de devoir prouver davantage que les hommes votre légitimité en tant que journaliste ?
Alors moi, j’ai une spécificité, c’est que je ne suis pas journaliste, je suis consultante. J’ai rencontré des difficultés car je devais me sentir légitime d’être sur un plateau alors que je n’étais pas journaliste. Je me suis retrouvée face à des professionnels du métiers qui avaient suivi un cursus que je n’avais pas fait. Bien que la problématique de la légitimité soit très féminine, j’ai ressenti ces « failles de légitimité » de manière non genrée.
Table ronde au @FestivalJS2025 sur « le journaliste, l’agent, la com… » avec @FredLah @Emilie_Ros et @Actualgroupe
— Julien Charon (@JulienCharon) February 5, 2026
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Depuis que vous êtes à L’Equipe, comment la situation a évolué sur la place des femmes dans la rédaction ? Par exemple, plus de femmes dans la rédaction, ou est-ce que ça n’a pas forcément changé les choses ?
Je suis dans la rédaction de l’Équipe TV et je ne vais pas me plaindre. C’est une chaîne où il y a quand même des femmes. La présence féminine sur chaque plateau est quasiment respectée. On est plusieurs femmes par émission et je pense que L’Equipe TV montre le bon exemple et la bonne trajectoire, même si on peut toujours faire mieux. J’aimerais peut-être en voir un peu plus. Mais pour cela il faut suscite l’envie, pas forcer le truc
Quels conseils donneriez-vous à des jeunes femmes qui veulent entrer dans le journalisme ?
D’avoir envie et de ne pas lâcher : c’est un parcours qui est long. Il va falloir s’armer de patience et être polyvalente. Le conseil que je donne aux jeunes filles est le même que celui que je donne aux jeunes hommes. Ne vous laissez pas influencer par cette société qui vous explique qu’il n’y a pas de place pour vous. Ce n’est pas vrai. Il y a de la place pour des gens compétents et des gens qui travaillent, quel que soit le genre. Au contraire, il faut garder la tête haute et mettre le pied dans la porte.
La récente suspension de Daniel Bravo par la chaîne Bein Sport prouve-t-elle que le sexisme est encore très présent dans le journalisme ?
Ce n’est pas un cas isolé, c’est peut-être même un cas générationnel. C’est une autre génération à qui, malheureusement, on n’avait pas expliqué que certains comportements ne se faisaient pas, c’est un vieux réflexe. Daniel Bravo a expliqué dans un article de l’Équipe que c’était une « maladresse », ce que je veux bien entendre. Cependant, en 2026, cette maladresse, on ne la laisse plus passer.
Ce qui est important aussi, c’est la réponse de Gaëtane Thiney. Elle s’insurge contre cela, mais elle souligne surtout qu’on a fait plus d’articles sur elle ces derniers temps sur ce sujet que durant toute sa carrière. Je trouve que cela révèle un sexisme beaucoup plus lourd et insidieux, et c’est ce message qu’il faut retenir.
Adrien JAMET