À la Beaujoire, à la 9e minute de chaque match, les supporters du FC Nantes chantent en l'honneur d'Emiliano Sala.
À la Beaujoire, à la 9e minute de chaque match, les supporters du FC Nantes chantent en l'honneur d'Emiliano Sala. @Journal Nantes Sport

“Il jouait pas pour le fric” : les fans de Nantes écœurés par les sommes réclamées après la mort de Sala

Sept ans après le décès d’Emiliano Sala dans un accident d’avion en Manche, le litige financier Nantes-Cardiff rebondit. Lundi 8 décembre, le Tribunal de Commerce nantais a étudié la demande d’indemnisation du club gallois, au grand désarroi des supporters.

L’attaquant argentin, Emiliano Sala, âgé de 28 ans, avait péri dans un crash aérien au dessus de la manche en janvier 2019 alors qu’il rejoignait Cardiff City, où il avait été transféré du FC Nantes pour un montant avoisinant les 17 millions d’euros. Le club gallois, qui n’a jamais pu aligner son joueur, a saisi la justice française en 2023 pour réclamer plus de 120 millions d’euros de dommages et intérêts.

Une affaire qui dure, et qui écœure par l’enjeux économique de ce drame une grande partie des supporters nantais.

Cette somme faramineuse correspond, selon un expert mandaté par Cardiff, aux « pertes de revenus et autres préjudices subis » par le club suite au décès du joueur. Mais l’enjeu principal du club britannique repose sur l’organisation du vol privé fatidique. Cardiff City défend la thèse que le FC Nantes était, via l’intermédiaire Willie McKay, le commanditaire du vol.

L’organisation du vol en cause ?

Le club a insisté sur la nature de sa démarche : « Cette affaire ne vise pas à nuire au football : elle vise à protéger son intégrité. » L’avocat de Cardiff a axé sa plaidoirie sur le lien de causalité entre l’organisation du vol et le préjudice :

« Le transfert était effectif, comme l’a statué le TAS (Tribunal Arbitral du Sport), mais c’est l’organisation de ce vol privé, dont le FC Nantes était le véritable instigateur, qui est directement en cause dans la perte de notre joueur. »

Le FC Nantes conteste et prédit un “rejet total”

Du côté du FC Nantes, on ne cache pas son irritation face à cette nouvelle offensive judiciaire, d’autant que le club a déjà obtenu gain de cause auprès de la FIFA en 2023, forçant Cardiff à régler le solde du transfert, soit un peu plus de 11 millions d’euros.

L’entourage de Waldemar Kita, président du FCN, a affirmé avant l’audience :

“Nous contestons l’existence d’une faute, un lien de causalité entre les hypothétiques fautes et le préjudice, et ensuite le préjudice lui-même.”

L’argentin qui ne lâchait rien au-delà des millions

Pendant que les deux clubs s’affrontent sur les bancs de la justice pour des montants vertigineux, le souvenir d’Emiliano Sala résonne avec une toute autre intensité chez les supporters du FC Nantes.

Emiliano Sala, c’est l’histoire d’un attaquant au style rugueux, infatigable, qui s’est hissé au rang de héros local grâce à son engagement total.

“C’était l’exemple parfait du mec qui se battait sur chaque ballon. Il n’était pas le plus technique, mais sa grinta, son cœur, c’est ça qui nous parlait,” témoigne Marc, abonné historique du FC Nantes. “Il incarnait la simplicité, l’effort. C’est pour ça qu’il est si populaire : il jouait pour nous, pas pour le fric. “

Ses performances sur le terrain – il était un buteur régulier et une “force de la nature” – ont été éclipsées par l’aura qu’il dégageait. Le célèbre chant des supporters à la neuvième minute de chaque match, ” C’est un Argentin, qui ne lâche rien…”, symbolise cette connexion indéfectible.

L’amertume face au contentieux judiciaire

Pour beaucoup, la bataille juridique interminable entre les deux clubs est une “profanation” du souvenir du joueur. Elle ramène le drame humain à une simple transaction financière.

En face de la boutique officiel, Marie, abonnée à la Beaujoire exprime son sentiment d’impuissance et de colère à ADN Actu

” Que cette histoire se termine enfin ! Voir le nom d’Emiliano associé à des millions d’euros de réclamation, c’est ridicule et ça fait mal. On a l’impression que le football n’est qu’un business froid qui piétine le respect des morts. “

Fabrice supporter du FC Nantes depuis plus de 20 ans, confie :

” Chaque nouvelle audience, chaque titre de presse sur le ‘contentieux’, nous rappelle la violence de sa disparition. Le club et sa famille méritent la paix, et le joueur mérite qu’on se souvienne de lui pour ses buts et son cœur, pas pour cette guerre d’avocats. J’espère que le Tribunal mettra un point final à tout cela. “

Le tribunal de commerce de Nantes doit rendre sa décision le 30 mars 2026, le club gallois réclame toujours plus de 120 millions d’euros de dédommagement.

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