Entre la montée en puissance des plateformes numériques, l’évolution des outils et l’intérêt croissant du public pour le sport, le journalisme sportif connaît depuis plusieurs années une évolution. Lors du Festival du Journalisme Sportif qui s’est déroulé du 3 au 5 février 2026 à Laval (53), 4 journalistes ont donné leur point de vue sur cet essor.

Longtemps limité à la presse écrite et à la télévision, le journalisme sportif a été bouleversé par l’arrivée du numérique. Avec l’essor d’Internet et des plateformes numériques, le journalisme sportif a profondément changé. Selon l’OJIM, les médias en ligne attirent chaque mois des millions de lecteurs, confirmant l’importance du sport dans l’information.
Cette évolution ne se limite pas aux supports. Selon Bertrand Latour, journaliste sportif pour Canal +, l’accès à l’information est aujourd’hui plus complexe qu’auparavant. « Les sportifs sont beaucoup plus protégés, entourés par leurs agents et leurs services de communication », explique-t-il. Là où auparavant, les échanges étaient plus directs, les journalistes doivent désormais composer avec des barrières institutionnelles. Entre 2010 et aujourd’hui, le métier a connu une évolution, sans pour autant perdre son attractivité. « C’est une profession qui continue de susciter des vocations », souligne-t-il.
Éric Dubuis et Christophe Lécuyer soulignent, quant à eux, l’évolution des attentes du public. « Aujourd’hui, tout va très vite », observent-ils. Le lecteur attend des analyses immédiates, des contenus exclusifs et des formats variés. Cette mutation a fragilisé la presse écrite : les ventes du journal L’Équipe sont en baisse depuis plusieurs années. Toutefois, le média a su anticiper cette transition en développant fortement son offre numérique. Pour eux, l’avenir du journalisme sportif repose sur cet équilibre entre innovation digitale et la presse écrite symbolique
Les réseaux sociaux, entre opportunités et vigilance
Les réseaux sociaux occupent désormais une place centrale dans le journalisme sportif. Ambre Godillon décrit ces plateformes comme une « caisse de résonance incroyable » pour l’information sportive, notamment lors des périodes de mercato ou des grandes compétitions. En quelques minutes, une information peut toucher des millions de personnes, renforçant la visibilité des journalistes.
L’évolution du journalisme sportif passe aussi par l’essor de nouveaux médias numériques comme YouTube, Twitch ou les podcasts, qui offrent des formats différents et très suivis. Des créateurs de contenu proposent des analyses, des commentaires en direct et des documentaires, souvent avec une interaction immédiate avec les fans, ce qui élargit l’accès à l’information sportive au-delà des médias traditionnels. YouTube, par exemple, voit une croissance très forte du visionnage de contenus sportifs, avec des highlights et des émissions produites directement sur la plateforme, remettant en question la domination des chaînes historiques selon levif.be.
Cependant, la rapidité et la multitude des informations comporte des dangers : rumeurs, désinformation et pression du buzz peuvent nuire à la qualité du travail journalistique. Ambre Godillon souligne également les difficultés spécifiques rencontrées par les femmes journalistes, souvent plus exposées aux critiques en ligne.
Entre innovation, vigilance et exigence professionnelle, le journalisme sportif poursuit ainsi sa mutation. Plus que jamais, il doit concilier rapidité, fiabilité et éthique pour répondre aux attentes du public.
Par Enzo Loemba Boudimou