Ce lundi 23 mars, les soignants du CHU de Nantes se sont mobilisés pour dénoncer le manque de moyens de l’hôpital public. Confrontés à la colère de leurs futurs collègues, les étudiants infirmiers expriment leurs doutes concernant leur avenir. Entre manque de moyens, de lits et de postes, ils s’engagent vers un quotidien épuisant et trop peu valorisé.
Saudade Robert, étudiante en 3ème année à l’Institut de formation en soins infirmiers à Nantes, évoque cette inquiétude grandissante chez les étudiants. « On n’est pas encore dans la vie professionnelle qu’on est déjà épuisés. » Ce n’est pourtant pas la passion qui manque à ces étudiants, mais la réalité du terrain qui complique la tâche : « En stage, on a beaucoup de responsabilités mais peu d’encadrement. Il arrive qu’on nous utilise comme aide-soignant, parce qu’il y a un manque, mais on nous parle mal, nous rabaisse, alors que l’on ne nous explique rien », déplore Saudade.
« Pression constante »
Tôt dans la formation, les étudiants sont confrontés à la maladie et à la mort. Certains ne se sentent pas assez accompagnés. Pour Saudade Robert, « l’exigence des maîtres de stages ne correspond pas à nos capacités en première année ».
De plus, l’accumulation de la charge de stress et de l’épuisement mental est un enjeu majeur. « Entre les stages, les cours, le mémoire et la pression constante, certains craquent même en troisième année. » Au travers de ces expériences, les étudiants mettent un premier pied dans le monde du travail. Mais, la rémunération est insuffisante voir inexistante, ce qui ne leur permet pas de pallier la précarité étudiante.
Beaucoup d’entre eux ont donc des jobs étudiants ce qui ne leur fait pas relâcher la pression le week-end, selon l’étudiante en 3ème année. Une situation qui menace l’avenir de la profession, déjà fragilisée par un manque de budget. Et pour cause, en 2024, les hôpitaux français présentaient un déficit d’1,1 milliard d’euros, selon la Drees.
Alors certains se réorientent. 14 à 18% des étudiants infirmiers abandonnent leurs études au cours des trois années d’étude, selon la Drees (Direction de la recherche, de l’évaluation, des études et des statistiques) en mai 2023.
Avancer malgré les difficultés
Ces enjeux ne sont pas propres qu’à Nantes. Pour Aurel Nuaud, étudiant en troisième année à l’IFPS de La Roche-sur-Yon, le réel enjeu de la première année est de s’accrocher malgré le fait « que les professionnels nous questionnent sur nos motivations et répètent que c’est un métier compliqué ». Selon lui, il faut aussi comprendre très tôt qu’ « il y a des jours sans, c’est normal, mais que ce n’est pas une formation dans laquelle tu peux baisser les bras en vue des responsabilités. Il ne faut pas s’en vouloir et essayer de ne pas reproduire nos erreurs ».
Les stages, nombreux dans la formation, sont autant source de pression que d’expériences positives, nuance Aurel Nuaud : « Quand j’ai commencé en réanimation, j’étais très stressé par l’importance du service. Finalement, c’est celui dans lequel j’ai été le mieux accompagné, avec un suivi et une vraie considération de mon travail. »
Si les étudiants reconnaissent les nombreuses difficultés, ils sont tous deux heureux d’être allés au bout de leurs études. Saudade explique « qu’une fois diplômée je pourrais accéder au poste de mes rêves, infirmière aux urgences de nuit ». Aurel, lui, reconnaît « qu’il y a un an je me posais des questions, mais qu’aujourd’hui je suis enthousiaste à l’idée d’enfin travailler ». Ils espèrent tout de même que les réclamations des soignants soient entendues pour qu’ils puissent entamer leurs carrières dans les meilleures conditions.