L’épineuse question du financement a été au cœur des échanges avec les journalistes-youtubeurs. @Florentin Delacour

L’info en mode YouTube : quand les journalistes cassent les codes

Aux Assises du Journalisme, des journalistes indépendants ont partagé leur mutation sur Youtube. Entre liberté de production et nouveau format, ils réinventent l’information face à un nouveau public connecté.

Pour de nombreux intervenants de cette masterclass (échange privilégié avec un expert dans le domaine, ndlr), YouTube est devenu une terre d’asile face à l’essoufflement des rédactions, dites traditionnelles. Justine Reix, passée par Arte et France 2, raconte sa frustration : “En JT, c’est des sujets qui durent une minute vingt, où l’on n’a que quelques petites phrases. Il faut aller très vite au montage et au tournage”.

À l’inverse, Benoît Le Corre, ancien du journal Le Monde, voit en la plateforme de vidéo une opportunité de renouer avec l’essence du métier. Pour lui, c’est “un métier pour lequel on est payé pour sa curiosité.” et non à rester assis dans un bureau.

Renouer le contact avec le public

La frontière entre création de contenu et journalisme s’efface souvent à travers le format vidéo du vlog. Pour Charlotte Vautrain, “le vlog va plutôt être la forme qui va servir le propos documentaire, le regard sur une actualité”.

Cette incarnation permet d’embarquer le spectateur dans une expérience immersive. Benoît Le Corre, lui, s’appuie sur l’aspect making-off de ses productions : “J’arrive toujours en retard car je veux voir comment la personne va réagir.”

Cette transparence sur les coulisses permet de recréer un lien de confiance avec une audience qui se méfie de plus en plus des institutions. Justine Reix ajoute : “Du fait qu’il n’y a pas un nom de média derrière, tout de suite il y a une confiance qui se renoue.”

L’indépendance au prix des sponsors

L’épineuse question du financement a été au cœur des échanges. Sans rédaction, les journalistes-youtubeurs dépendent des placements de produits. Camille a trouvé la parade déontologique : “J’ai rajouté une clause sur mes contrats de sponsor qui précise que j’ai le droit de dénigrer la marque en dehors de la promotion.”

Tous soulignent la difficulté de ce modèle. Mais Benoît Le Corre rappelle que “sans ces financements, il n’y a pas de reportage journalistique derrière.” Cependant, l’éthique reste la priorité, Camille Courcy refuse la majorité des marques pour rester en accord avec ses valeurs.

Charles précise que certaines propositions, comme des vidéos dédiées guidées par l’armée, sont exclues car elles relèvent de la communication et non de l’information.

Florentin Delacour

Le Fil Info

Autres articles