À l’aube d’une nouvelle campagne présidentielle, les réseaux sociaux sont déjà le terrain de jeu des partis politiques. Les médias tentent également de s’y installer, pour permettre aux internautes un certain discernement.
Ce dimanche 3 avril, Jean-Luc Mélenchon annonçait sa quatrième candidature à l’élection présidentielle sur TF1. À première vue, un début de campagne classique, avec une interview par Anne-Claire Coudray lors du 20 Heures. En réalité, il multipliait les canaux de diffusion à la sortie du plateau télé. À 21h30, le fondateur de La France Insoumise accordait une interview de deux heures au média alternatif Brut, présent uniquement sur les réseaux sociaux et suivi par 5,6 millions de personnes dans le monde.

« Pour l’instant je joue sur les deux tableaux, les médias traditionnels et les autres. Je me permets de choisir où je vais en fonction du respect qui m’est porté », évoquait-il ce mercredi 6 avril, lors d’une conférence de presse réservée uniquement aux nouveaux médias et diffusée en direct sur sa chaîne YouTube. Plus tôt dans l’année, le leader insoumis avait mené pareille action, ce qui faisait notamment réagir Reporter sans frontières, qui accusait ce dernier de « porter atteinte au droit à l’information des citoyens. »
Enfermer chaque internaute dans une pensée
L’année dernière, l’Hexagone comptait 50,4 M d’utilisateurs sur les réseaux sociaux soit 75,7% de la population française, selon le Global Digital Report réalisé par We Are Social. En constante augmentation, ces chiffres témoignent de l’importance grandissante qu’ont ces plateformes numériques dans la vie quotidienne.
Derrière ces données, un danger peut apparaître : celui de connaître une rupture du débat public. Les algorithmes, poumons des social media, pourraient bien enfermer chaque internaute dans une pensée et empêcher le développement d’un esprit critique. Les partis radicaux en profitent, pour convertir ces utilisateurs en électeurs. « La France Insoumise et le Rassemblement National sont les meilleurs dans ce registre. Ils ont investi les réseaux sociaux plus vite que leurs concurrents politiques donc ils sont en avance », explique Vincent Debas, consultant en communication.
« Je ne fais pas confiance à tout ce que je vois sur Internet »
La tranche d’âge 18-25 ans, plus présente sur les réseaux sociaux devient alors l’une des cibles. Ces jeunes, qui pour la plupart ne s’informent plus que par ce biais, tentent tout de même de rester alerte sur le sujet et pensent pouvoir garder du recul à l’approche des élections. « Je ne fais pas confiance à tout ce que je vois sur Internet. Si j’ai des doutes sur certaines choses, je vérifie de moi-même, assure Lisa, 25 ans. Si une publication m’interpelle, je regarde quel est le compte associé. Pour me nourrir d’informations, je suis abonnée à des comptes reconnus comme HugoDécrypte ou Cerfia. »
Joël, 61 ans, préfère ne pas utiliser ces applications par désintérêt. « La majorité des informations qui circulent sur les réseaux sociaux sont bien souvent stupides et ne m’apporteront rien de plus. Bien que certaines choses puissent être utiles sur ces plateformes, je ne préfère pas mettre les pieds là-dedans et suivre simplement l’actualité à la télé ou à la radio. »

France 3 Régions s’ouvre d’avantage au numérique
Un choix pris par ces générations plus âgées, qui comptent peut-être les derniers spectateurs réguliers d’une télévision qui prend aussi un virage. C’est le cas des chaînes régionales de France 3 qui ont développé pour les dernières élections municipales des produits numériques en supplément des émissions en plateau. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : dans les Pays de la Loire, la bascule est impressionnante avec un cumul de 3,5 M de vues sur les différentes plateformes.
« On a connu un franc succès sur des contenus comme la Boîte à Questions ou des simples extraits d’émissions postés sur les réseaux sociaux. Même si on pouvait se douter du phénomène, on reste surpris », confie Virginie Charbonneau, présentatrice de France 3 Pays de la Loire. Au-delà des formats courts, cette mutation numérique permet de capter un public plus jeune, d’ordinaire éloigné du petit écran : sur YouTube, le débat du second tour à Nantes a ainsi attiré un public composé à 38 % de moins de 35 ans.
La journaliste politique met tout de même en garde sur les réseaux sociaux : « Pour les élections présidentielles, des sujets de fond seront sur la table et pour les comprendre, les plateformes numériques ne suffiront pas. Pour se forger un esprit critique, il faudra aller plus loin. Lire la presse écrite, écouter la radio ou regarder la télé. »