Autrice de polars malvoyante, Aline Duret entend profiter de son titre de souveraine du carnaval de Nantes pour porter le regard sur la difficulté d’accès à des livres adaptés.
Élue pour représenter l’édition 2026 du Carnaval de Nantes, placée sous le signe de la littérature, Aline Duret n’est pas une reine comme les autres. Atteinte d’une maladie génétique qui affecte sa vue, la professeure de littérature et romancière milite pour l’accès aux livres en grands caractères pour les personnes malvoyantes.
Dans un premier temps, l’annonce de son élection a d’abord suscité une certaine appréhension. « Lorsque je l’ai appris, je ne me suis pas immédiatement rendue compte de ce à quoi ça m’engageait. » Mais passer le stade de la peur de la foule : « avoir été choisie comme reine est évidemment un honneur pour moi. », confie Aline Duret.

Rendre visible les handicaps invisibles
Au-delà des paillettes et des défilés de chars, la mission de Aline Duret est claire : « J’aimerais profiter de cette position de reine de carnaval pour faire évoluer les regards. » Elle déplore que le handicap soit encore trop souvent réduit au pictogramme du fauteuil roulant.
« J’ai l’air tout à fait normal. Pourtant, je suis malvoyante. Mon quotidien est semé d’obstacles. C’est ce que l’on appelle les handicaps invisibles », partage-t-elle. En tant que reine du carnaval, Aline Duret veut prouver que l’on peut accomplir de grandes choses malgré les obstacles. « J’aimerais profiter de cette position pour montrer qu’on peut faire beaucoup de choses malgré le handicap. »

Le livre en grands caractères : un combat pour le papier
Le cœur de son engagement est lié à sa passion pour l’écriture. Dans un monde où l’on renvoie souvent les malvoyants vers le livre audio ou la liseuse, Aline Duret milite pour le maintien du support papier. « Selon qu’on écoute ou lise, c’est un peu comme un voyage que l’on pourrait faire en train, en bateau ou à cheval. C’est la même destination, mais pas les mêmes sensations », assure l’écrivaine.
Pourtant les livres en grands caractères (corps 16) sont les grands absents des librairies. « Souvent j’interroge les libraires en leur demandant pourquoi on ne trouve pas de livres et on me répond souvent qu’il y a les livres audio… Or il y a tout un lectorat qui est laissé de côté », regrette-t-elle.

Vers une obligation légale pour les éditeurs ?
Pour remédier à cette pénurie, Aline Duret plaide « pour que les maisons d’édition déclinent systématiquement un pourcentage de leur catalogue en version adaptée », et surtout que les prix littéraires soient disponibles en grands caractères dès leur sortie. « Il faudrait qu’il y ait des obligations chez les éditeurs pour qu’ils puissent mettre en place ces ouvrages », affirme-t-elle.
Elle-même autrice, elle est parvenue à convaincre son éditeur de décliner ses polars et ceux d’autres auteurs en grands caractères. Aujourd’hui, elle espère que son règne sera l’étincelle d’une prise de conscience durable chez les professionnels du livre.
Florentin DELACOUR