Dans une ville longtemps considérée comme bien dotée en professionnels de santé, les difficultés d’accès aux soins se multiplient. Fermetures de structures, manque de médecins et inégalités territoriales dessinent un paysage de plus en plus tendu.
« C’est un problème qui doit être réglé en priorité. Comment c’est possible qu’avec tous les droits que l’on a en France, des personnes décèdent par manque de médecins ? » Jean-Luc Landas, représentant du collectif nantais Santé pour tous, ne mâche pas ses mots.
Longtemps réservé aux campagnes isolées et aux zones rurales enclavées, le phénomène des déserts médicaux frappe désormais les villes moyennes et les métropoles. Nantes, longtemps considérée comme bien lotie en professionnels de santé, n’y échappe plus. Les difficultés d’accès aux soins y sont réelles, et les habitants commencent à le ressentir concrètement dans leur quotidien.
Un équilibre bousculé avec plusieurs fermetures
Les signaux d’alarme se multiplient dans l’agglomération. Le centre médical SoMeD Santé, installé sur l’île de Nantes à Beaulieu, a mis la clé sous la porte en décembre 2025. Conséquence directe : les cabinets du voisinage croulent sous les demandes de patients sans médecin traitant.
Jean Luc Landas explique que « les autres praticiens sont obligés de refuser des patients ». Une pression supplémentaire sur des médecins déjà débordés, qui ne peut que s’aggraver si rien ne change.
Car à chaque fermeture, c’est un effet domino qui se déclenche. Plus de patients à absorber, des délais qui s’allongent, et des docteurs restants qui envisagent à leur tour de jeter l’éponge.
Au Clos Toreau, quartier populaire au sud de la ville, la situation est plus grave encore. Depuis 2023, plus aucun médecin de proximité n’y exerce. Les habitants doivent faire la route jusqu’à des cabinets saturés, parfois loin de chez eux, ou renoncent carrément aux soins. L’association Faire Soin, censée piloter l’ouverture d’un nouveau centre de santé dans le secteur, n’a pas donné suite à nos sollicitations. Le quartier attend toujours une réponse concrète des autorités.

Ancenis classée ZIP
À une heure de route de Nantes, Ancenis est confronté au même problème, avec une acuité encore plus grande. Selon Ouest-France, la ville vient d’être officiellement classée en Zone d’Intervention Prioritaire (ZIP) par l’ARS Pays de la Loire. Ce statut réservé aux territoires les plus déficitaires en offre médicale ouvre droit à des aides financières à l’installation pour attirer des spécialistes.
Un signal fort, qui confirme que le phénomène déborde largement le cadre nantais. Il touche aussi des villes moyennes jusqu’ici relativement préservées. Incitations financières, ouverture de nouveaux centres de santé, réorganisation du travail médical. Les leviers existent sur le papier, mais leurs effets concrets peinent à se faire sentir durablement sur le terrain.
« Les étudiants ne veulent plus aller travailler dans des quartiers populaires »
Derrière les fermetures et les classements en zone déficitaire, une tendance de fond est née. Les jeunes médecins rechignent à s’installer dans les secteurs jugés difficiles.
« Les étudiants ne veulent plus faire huit ans d’études pour aller travailler dans des quartiers populaires », lâche Jean-Luc Landas. L’équilibre entre vie professionnelle et personnelle prime désormais, souvent au détriment des territoires sous-dotés. Et quand un praticien part à la retraite, personne ne prend le relais.
Ce changement de mentalité, combiné aux départs massifs en retraite non remplacés, creuse un peu plus chaque année les inégalités entre territoires. À Nantes et autour, la question de l’accès aux soins s’impose désormais comme un enjeu durable, qui redessine en profondeur le rapport des habitants à leur système de santé.
Liluan Sérazin