La France vise la fin des voitures thermiques neuves en 2035. Mais la voiture électrique est-elle vraiment la solution écologique qu’on nous promet ? Damien, utilisateur convaincu, et Youssef, mécanicien prudent, racontent deux expériences du même véhicule et deux vérités qui ne se ressemblent pas.
La voiture électrique, entre avantages et inconvénients, attire de plus en plus d’automobilistes. Pour Damien, c’était presque une évidence. Une décision réfléchie, nourrie par des recherches et une conviction écologique bien ancrée. «C’était inévitable pour nous, la transition écologique. Et puis le côté nouveau m’intéressait, je m’étais quand même pas mal renseigné», raconte-t-il. Mais les débuts n’ont pas été simples. Chaque trajet demandait de l’anticipation. L’œil rivé sur la batterie, les détours étaient à éviter. Un jour, la famille a même frôlé la panne, faute de borne disponible au bon moment.
Une situation qui s’explique aussi par le contexte de l’époque. En 2021, la France comptait environ 45 000 points de recharge ouverts au public. Fin 2024, ils sont plus de 150 000, selon les chiffres du gouvernement. Un développement qui a changé le quotidien de Damien. Aujourd’hui, ses 15 kilomètres aller-retour pour aller travailler ne sont plus une contrainte. «On ne se limite plus. On sait gérer cette voiture», assure-t-il.
Des économies réelles, un confort apprécié
Avec le temps, le plaisir de conduite a pris le dessus. Silence, confort, accélération fluide : des qualités auxquelles Damien ne s’attendait pas forcément.«Le produit était très agréable à conduire. Et en plus, économiquement, c’était franchement très intéressant», explique-t-il.Les chiffres vont dans ce sens. Selon l’Agence de la transition écologique (ADEME), recharger une voiture électrique coûte en moyenne deux à quatre fois moins cher au kilomètre qu’un plein d’essence. À cela s’ajoute un entretien simplifié : pas de vidange, pas d’embrayage, pas de courroie de distribution. Autant de dépenses en moins.
Pour un usage quotidien, notamment en ville ou en périphérie, la voiture électrique tient ses promesses. Damien lui attribue aujourd’hui «facilement un huit et demi sur dix».Mais tout dépend des conditions d’usage. «Il faut quand même avoir une bonne prise de courant chez soi pour être sûr de partir le matin», nuance-t-il. Un point qui reste problématique pour de nombreux Français vivant en appartement.

Dans les garages, des limites encore bien présentes
De son côté, Youssef observe l’arrivée progressive de ces véhicules dans son garage. Les voitures électriques restent encore minoritaires, mais leur présence augmente. Et avec elles, de nouvelles contraintes. «Il faut une habilitation électrique pour pouvoir intervenir sur le véhicule», explique-t-il. Une formation spécifique, longue et coûteuse, qui limite encore le nombre de professionnels qualifiés. Résultat : des délais parfois plus longs et des réparations plus chères.
En cas de problème majeur, notamment sur la batterie, la situation peut vite se compliquer.«Généralement, c’est direction la casse. Ça coûtera plus cher de réparer que de racheter un autre véhicule», constate-t-il. Le coût d’un remplacement de batterie peut en effet atteindre entre 8 000 et 20 000 euros selon les modèles, soit parfois plus que la valeur du véhicule d’occasion.
Une filière encore en construction
La question du recyclage reste également en suspens. «Je pense qu’il y a des stocks et puis pour le recyclage, ils verront après», reconnaît Youssef. En Europe, les filières commencent tout juste à se structurer. Des constructeurs comme Renault, avec son site de Flins, ou Volkswagen en Allemagne, font figure de pionniers. Mais la majorité des batteries en fin de vie ne bénéficie pas encore d’un traitement totalement industrialisé.
Par ailleurs, la fabrication même des batteries pose question. L’extraction du lithium, du cobalt ou du nickel, indispensable à leur production, pèse lourd dans le bilan carbone global de ces véhicules, avant même leur mise en circulation.
Thomas Amiot